Blaise Cendrars : un « outsider » à La Pléiade

Blaise Cendrars : un « outsider » à La Pléiade, jacquin couvreur



Blaise Cendrars en 1953. AFP

La Pléiade, prestigieuse collection des Ediciones Gallimard, accueille Blaise Cendrars. Deux volumes rassemblent l’intégralité des œuvres autobiographiques du Suisse, grand voyageur et écrivain anarchiste. Comment votre travail est-il perçu ? Panorama.

Ce contenu a été publié le 15 mai 2013 – 11:00

Ghania Adamo, swissinfo.ch

Blaise Cendrars n’est pas le premier homme de lettres suisse à arriver dans la prestigieuse collection Gallimard. Avant lui, c’était Benjamin Constant, Jean-Jacques Rousseau et, plus près de nous, Charles-Ferdinand Ramuz. Un cénacle d’écrivains d’où émerge un peu de Cendrars, l’inclassable. Où le mettre ? Sa réputation est avant tout celle d’un poète : il est l’homme de la Trans sibérien. Et sa renommée mondiale passe par ce poème du long voyage illustré par Sonia Delaunay.

Mais il est aussi romancier. Romancier flamboyant pourtant, avec une passion pour l’écriture bien particulière qui l’oblige à s’arrêter plusieurs années entre le début et la fin d’un roman. J’ai commencé à écrire La main coupée, deuxième tome de son Souvenirs, en 1917 pour le conclure en 1946.

Un ruminant pour la critique

« Cendrars a besoin de temps, c’est un ruminant et un objet difficile pour la critique, intriguée par la discontinuité de sa production littéraire. Il a fallu beaucoup de temps aux spécialistes pour voir en lui le bâtisseur d’une grande œuvre », raconte Claude Leroy, qui dirige cette édition du uvres autobiographiques complètes par Cendrars.

Il y a vingt ans, poursuit-il, l’entrée de l’écrivain dans la célèbre collection Gallimard était inimaginable. Aujourd’hui cela paraît évident car son œuvre, considérée comme flottante à l’époque, est revenue plus tard à sa cohérence ». « L’ouverture des archives Blaise Cendrars au début des années 80 à Berne y est pour beaucoup. Il a permis à des chercheurs, d’origines diverses, de mener des travaux académiques, contribuant ainsi à (re)lancer l’écrivain dans différents pays du monde.

Europe, Afrique, Amérique… Cendrars est connu et perçu différemment. Son succès varie d’une culture à l’autre et dépend aussi des traductions de son œuvre. « L’Afrique noire francophone l’a découvert avant tout grâce à ses Anthologie noire, publié en 1921. Ouvrage fondateur car il rassemble des contes africains. Le livre peut sembler démodé aujourd’hui, mais à l’époque de sa parution il était aussi important que la découverte de l’art noir par les cubistes », explique Claude Leroy.

Un marginal pour les Américains

Partielle ou insuffisante, la traduction des textes de Cendrars aux Etats-Unis laisse un sentiment de frustration. Au cours de sa vie, l’homme libertaire qui souffrait de trouver un marché au pays puritain.

« Grâce à un agent littéraire en Amérique du Nord, Cendrars a pu publier son premier roman en anglais, L’or», précise Christine Quellec Cottier, directrice du Centre d’études Blaise Cendrars, à Lausanne et Berne. « Des difficultés sont survenues avec Les souvenirs et surtout avec Moravagine, une pièce dans laquelle les Américains voyaient la violence, une certaine forme d’anarchie et un nihilisme associé à la Révolution russe. Il a fallu plusieurs années pour que la Suisse soit appréciée aux Etats-Unis ».

« Modérément apprécié », estime Claude Leroy, qui estime que pour l’instant, Cendrars n’a pas pris la place qu’elle mérite aux Etats-Unis. « Là, dit-il, il est encore perçu comme un marginal. Sauf au milieu souterrain (alternative) où vous avez vos lecteurs et vos fans. Patti Smith, par exemple, réclame la sienne ».

Cendrars n’est pas politiquement correct. C’est du moins ce qu’on dirait de lui s’il était vivant. « La haine de boches (Allemands), qui a réitéré dans son Souvenirs (La main coupée, j’ai tué), ne favorise pas son succès en Allemagne, où pourtant la plupart de ses écrits ont été traduits », poursuit Claude Leroy.

Biographie

1887 : Naissance de Frédéric Louis Sauser (Blaise Cendrars) à La Chaux-de-Fonds, canton de Neuchâtel.

1894-1896 : Séjour familial à Naples.

1897 : Lycée à Bâle.

1902 : École de commerce de Neuchâtel.

1904-1907 : Séjour à Saint-Pétersbourg, où il travaille pour l’horloger suisse Leuba.

1911 : Voyage à New York, où il lui est difficile de s’adapter à la vie américaine.

1914 : Enrôlé dans l’armée française, il perd son bras droit à la guerre.

1916 : Naturalisation en tant que citoyen français.

1924-1927 : Trois voyages au Brésil.

1939-1940 : Correspondant de guerre.

1943-1949 : Début de la rédaction de son Souvenirs.

1950 : Retour à Paris.

1960 : Commandeur de la Légion d’honneur.

1961 : Mort.

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Un grand poète pour les Belges

En revanche, sa réception dans le monde européen francophone est différente. « En Belgique, au début des années 1920, il se fait une place avec l’aide de Robert Guiette, un jeune intellectuel bruxellois qui l’admire et l’initie au monde de la littérature belge comme un poète d’avant-garde », raconte Christine Quellec Cottier.

Et en France ? Oh! Cendrars s’est senti si bien qu’il s’est enrôlé dans l’armée française pendant la Première Guerre mondiale, ce qui lui a coûté son bras droit et a été rejeté par les Suisses. Il aura fallu attendre le centenaire de sa naissance pour assister à une réappropriation de Cendrars pour cette Suisse que l’écrivain a toujours aimée. Ses yeux de grand voyageur voyaient en elle toute la beauté du monde.

A Pierre Lazareff, directeur de la presse française, qui lui a demandé un jour d’écrire un reportage sur l’Helvétie, Cendrars a répondu : ou le centre de l’Afrique ».

Cendrars tomba malade et l’histoire se dénoua.

Cendrars à La Pléiade

Blaise Cendrars. uvres autobiographiques complètes. Tome I et Tome II. La Pléiade, Gallimard.

– Une édition des poèmes, romans et nouvelles de Cendrars est prévue en 2015-2016 à La Pléiade.

Autres messages récents :

Blaise Cendrars, Robert Guiette, 1920-1959 et Blaise Cendrars, Henry Miller, 1934-1959. Deux volumes de correspondance édités par Zoé, Genève.

– Entretiens avec Blaise Cendrars, extraits des archives de la RTS, rassemblés sur deux CD et édités par Zoé.

Fin de l’insertion

Cendrars à Zoé

Le 10 avril 2013, Zoé a lancé la collection Cendrars sur toutes les cartes. Son but? Réponse de Caroline Coutau, directrice de la Maison d’édition genevoise :

« Il y a un an et demi, j’ai reçu une lettre manuscrite de Cendrars. J’ai contacté sa fille Miriam pour lui demander les droits. Il m’a parlé de la collection et m’a suggéré l’idée : publier la correspondance de son père en plusieurs volumes. Les deux premiers sont consacrés à des échanges épistolaires avec le romancier américain Henry Miller et le poète belge Robert Guiette. Environ huit titres suivront, avec des lettres entre Cendrars et d’autres : Raymone, sa femme ; Georges, son frère ; Jacques-Henri Lévesque, critique et éditeur français…

Nous voulons révéler un Cendrars plus intime, et rapatrier l’écrivain suisse. Beaucoup de français le prennent pour un français. Un retour au berceau nous semble alors nécessaire. Il faut dire aussi qu’il existe une grande tradition de correspondance littéraire en Suisse romande, très appréciée du public ».

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